07/09/2014

MASCARADES EN HIMALAYA LES VERTUS DU RIRE

ETHNOFLORENCE

N.808

MASCARADES EN HIMALAYA
LES VERTUS DU RIRE

A l'occasion de l'événement

" Parcours des mondes 2014 ",

la librairie Fischbacher recevra Gisèle Krauskopff qui dédicacera l'ouvrage écrit avec
Pascale Dollfus

" Mascarades en Himalaya.

Les vertus du rire "

le mercredi 10 septembre de 17h. à 18h. 30 au 33, rue de Seine 75006 Paris.

1.png

ISBN 978-2-86805-149-3

http://www.librairiefischbacher.fr/himalaya/11909-mascara...

*

Squelettes joyeux et cadavres levés, vieux grivois et vieilles femmes enceintes, bouffons à la virilité exacerbée et ascètes ridicules,
rites d’exorcisme et comiques de théâtre, cet ouvrage écrit à quatre mains accorde à ces performances masquées ou grimées l’attention
qu’elles méritent. Peut-on en effet comprendre les fêtes et les rituels de l’Himalaya en occultant les mascarades, les charivaris et
les scènes grotesques qui, si souvent, les accompagnent et leur donnent sens ?
Le rire n’a jamais fait l’objet d’aucune étude approfondie dans cette région du monde. En l’écartant, c’est tout un pan important des
traditions de la vie en Himalaya qui a été négligé.
Des hautes vallées du Ladakh situées aux confins du Tibet jusqu’aux plaines reculées de l’Assam, des villages méconnus de l’Arunachal
Pradesh aux bazars du Népal, les mascarades et leurs masques, trop souvent associés à de simples divertissements, sont des objets-frontières
qui révèlent les vertus insoupçonnées de la dérision et de l’obscénité.

************

Commentaires

Le masque en Himalaya a une importance essentielle dans les rituels. Le rire est un aspect de sa fonction, le plus évident, pas forcément le plus important, On ne peut que se réjouir que des ethnologues se penchent enfin ( 40 ans après marchands et collectionneurs) sur ces questions. Quand aux réponses : il me semble que ce livre est loin de refléter la véritable fascination exercée par ces objets, leur qualité esthétique, leur apport au patrimoine artistique mondial, leur réelle originalité sans parler de leur importance culturelle dans le passé.

Écrit par : eric chazot | 07/09/2014

De fait, l'ethnologue de terrain ne dispose pour étudier un sujet comme "les masques tribaux en Himalaya" que des informations qu'il peut recueillir hic et nunc. D'où la vision, aujourd'hui pertinente mais inévitablement réductrice, qui privilégie le thème de la mascarade, du grotesque, etc..., car de telles bouffonneries sont l'aspect le plus visible de l'usage des masques. Ce qui ne veut pas dire que d'autres usages n'aient pas existé dans le contexte de cultures tribales, Kirant ou autres, marquées par le chamanisme et le culte des ancêtres dans le cadre de religions traditionnelles autres que le bouddhisme et l'hindouisme, ou qui survivent dans les profondeurs de l'âme tribale, par un effet comparable au marranisme judéo-chrétien. La discipline qui nous manque pour approfondir le sujet, c'est une véritable "archéo-ethnologie" capable d'étudier les reliques anciennes de ces cultures de la vieille Asie sans tomber dans le piège d'une approche sociologique strictement contemporaine. Faute d'une telle investigation, évidemment riche en conjectures non immédiatement vérifiables, l'ethno-sociologue peu sensible à la magie des objets reste à la surface des choses. C'est comme si l'on voulait expliquer les frises du Parthénon à partir d'un reportage sur la Grèce urbaine d'aujourd'hui, ou une messe de Bach en observant une "technoparade" de 2014.

Écrit par : Marc Petit | 11/09/2014

Après tout ne boudons pas notre plaisir. Il y a quelques années encore il était courant d'entendre que les masques primitifs himalayens n'existaient pas ! Ils ont gagné leur place au Quai Branly, dans les galeries et les revues d'art et maintenant ils sont sanctifiés par le CNRS. Mais leur importance rituelle, culturelle et artistique reste à explorer et elle est loin de se limiter à des mascarades et des bouffonneries. J'ai assisté à diverses cérémonies masquées et il me parait évident que plus les connaissances ont été perdues par les villageois plus les pitreries occupent de place, de même que lorsque le masque disparait il est souvent remplacé par un grimage.
Au delà du choc esthétique éprouvé par les véritables amateurs se cache encore le mystère de l'origine et de la fonction des exemplaires les plus remarquables.

Écrit par : eric chazot | 11/09/2014

Je reviens, le livre de G. Krauskopff et P. Dollfus en main, sur les limites, voire la cécité sélective qui caractérisent leur ouvrage.
La thèse développée dans “Mascarades en Himalaya” est la suivante : il n'y a jamais eu de portraits (p.16), pas d'usage funéraire du masque, ni non plus de masques utilisés par les chamanes dans leurs rituels de guérison. Argument massue : Nous ne les avons pas vus “en action”, donc ils n'existent pas, n'ont jamais existé.
Première remarque : si, comme nous en apportons la preuve par un témoignage inédit (Petit et Lequindre, “Népal, Chamanisme et sculpture tribale”, p.30), un tel usage existe bel et bien, il ne peut être observé en public, restant confiné dans l'espace privé d'une famille, et à une occasion des plus graves (risque de mort d'homme) où l'on ne songe pas à convoquer de témoins étrangers. Je peux donner l 'adresse et le numéro de téléphone de notre source, encore faudrait-il que l'on veuille bien lire notre texte d'abord au lieu de seulement regarder les images.
Deuxième remarque : Dans l'article de Corneille Jest sur la fête du Pa-la à Chim, paru dans “Objets et Mondes” XIV-4 (1974), on voit, p.304, deux photos depuis couramment reproduites qui montrent des masques de type dit “primitif”, non pas portés mais posés contre une sorte d'autel, comparables à ceux que nous connaissons sous le nom de “masques d'ancêtres”, n'ayant en tous cas rien à voir, semble-t-il, avec le gros rire carnavalesque cher aux auteurs du livre dont nous parlons. Lors du colloque au musée Cernuschi, j'ai vainement demandé à Corneille Jest de nous éclairer sur ce point. La communication qu'il devait faire dans l'après-midi a été subitement annulée. Quant au film déposé au CNRS et cité en note p.142, personne n'a jamais pu le voir qui fût extérieur à la corporation. Protection des données ou masquage ? Précisément : ces deux photos sont absentes des pages 139 à 144 consacrées par Krauskopff et Dollfus aux fêtes des Thakali. Figurent en revanche dans ces pages d'autres photos tirées du même article et qui montrent, bien évidemment, des clowneries allant dans le sens des thèses avancées par nos auteurs. A vouloir réduire un phénomène multiforme et complexe à une seule explication (le rire carnavalesque) on s'expose au reproche de partialité et, ce qui est plus grave, on contrevient aux principes et à la déontologie de la recherche scientifique.
A notre sens (Petit, Chazot, Lequindre, etc, mais j'écris ces lignes en mon seul nom), on peut avancer l'existence de plusieurs usages et de plusieurs sortes de masques en Himalaya :
- Masques de divinités, de temples, de théâtre religieux et de procession, de facture “classique”.
- Masques figurant des ancêtres, et peut-être, anciennement, à usage funéraire (inacessible aux ethno-sociologues qui ne considèrent que les usages en vigueur aujourd'hui).
- Hypothèse à vérifier de l'existence de masques utilisés par les chamanes ou leur assistant dans des circonstances particulières.
- Masques dits de théâtre, de danse, d'intermèdes comiques, reliés ou non aux rituels hindous et bouddhiques, parfois à d'autres traditions ethniques et locales. C'est dans ce cadre qu'interviennent les masques carnavalesques étudiés par Krauskopf et Dollfus, les masques de bouffons et les mascarades obscènes ne représentant eux-mêmes qu'une partie de cet ensemble extrêmement riche et divers. On est là en partie, mais en partie seulement, dans le domaine de ce qui peut être observé ici et maintenant.
En résumé : à trop vouloir prouver une thèse, on passe (en partie) à côté du sujet, quitte à faire jouer l'argument d'autorité dont on sait les ravages qu'il a faits, de tous temps, dans la vie intellectuelle et les progrès du savoir.

Écrit par : Marc Petit | 07/04/2015

Les commentaires sont fermés.